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Le jeu d’échecs : un fil conducteur transdiciplinaire, pour le maître comme pour l’élève.

Primaire | Secondaire
vendredi 22 août 2014, par Daniel BAUR

Comment identifier et formaliser un raisonnement de type échiquéen ; puis comment l’appliquer à la pratique scolaire ?

Il existe maintenant une littérature abondante sur les bienfaits d’une pratique échiquéenne pour aider à l’obtention de résultats scolaires, Mais il existe peu de déclinaisons en « prêt à raisonner » directement applicable à la classe, quel que soit le niveau de celle-ci.

L’objet de cette cellule est donc de proposer un tel outil stratégique, facilement applicable par l’enseignant, facilement utilisable par l’élève.

L’outil pédagogique retenu tient en une formule simple :

Observer, Comprendre, Réfléchir, Jouer Gagner

Il est testé depuis 7 ans et – nous semble-t-il – a donné des preuves de sa pertinence.

Véritable fil conducteur pour la classe, cette démarche intellectuelle s’applique à quasiment toutes les matières et disciplines.

Détaillons-là en deux temps, au niveau de la partie d’échecs (A), au niveau de la Classe (B).

A - Au niveau d’une partie d’échecs

L’action de jeu, à chaque tour et pour chaque joueur, peut également se décliner en 5 moments successifs dont chacun est plus ou moins long.

Observer :
Scruter l’échiquier et la position de toutes les pièces permet déjà un diagnostic de la situation. Ce regard critique est l’un des préalables à un bon coup et évite l’erreur magistrale. Pourquoi ? Parce que l’on comprend la situation

Comprendre :
Appréhender la raison pour laquelle un adversaire a joué une pièce, entrevoir sa stratégie ou sa tactique, analyser les positions de force ou de faiblesse des pièces. Tout ceci résulte d’une bonne observation, complète et critique, et permet de jouer le coup le plus pertinent (c’est souhaitable). Pourquoi ? Parce que l’on a les élèments pour réfléchir

Réfléchir :
Jouer le bon coup, qui permet de fortifier son plan ou de consolider une position. Chercher en sa formation la tactique apprise et la manière de l’appliquer à la situation présente. Evaluer le chemin à parcourir vers le but et en deviner les dangers pour mieux les éviter ou les contourner. C’est notamment tout ceci que recouvre la réflexion échiquéenne. On arrive alors à se projeter le coup idoine à jouer. Pourquoi ? Parce que l’on a les élèments pour jouer.

Jouer :
C’est l’opération la plus cruciale car il n’y a pas de retour possible à son propre geste et il ne saurait y avoir de place pour le hasard, sauf à jouer en dillettante bien sûr. Curieusement, c’est aussi la plus simple des opérations dans ce cheminement tactique d’une stratégie globale. Pourquoi ? Parce que c’est un préambule au fait de gagner.

Gagner :
Cela se constate. C’est aussi simple que ça.

B - Au niveau de la classe

Observer :
J’observe l’énoncé – que ce soit de mathématiques, de français ou autre – J’en cerne les limites et en décrypte le contenu. Pourquoi ? Parce que la lecture attentive permet de comprendre.

Comprendre :
De quoi parle-t-on ? Que veut-on ? Qu’avons-nous comme élèments ? Il s’agit aussi d’oberver chaque repli de l’énoncé afin de ne rien oublier, de ne pas confondre les choses, de ne pas passer à côté de l’obstacle qui anéantirait le travail par un résultat érroné. Pourquoi ? Parce que l’on possède alors tous les élèments pour réfléchir.

Réfléchir :
Mobiliser ses ressources et ses apprentissages. Élaborer une stratégie ou une tactique pour atteindre le but : répondre à la question posée.

Jouer :
Réévaluer la solution retenue avant de la poser sur le papier car – en situation d’examen par exemple – il n’y a guère de retour possible sur la copie. Bien sûr, on remplace le terme « jouer » par « calculer », « conjuguer », etc ? selon le thème travaillé.

Gagner :
Autement dit, la réponse est juste. Cela se constate, tout simplement.


A noter que la gestion de la pendule aux échecs correspond à la gestion du temps imparti en situation d’examen ou de contrôle.


Annexe n° 1 : Exemple de leçon pour des CM ou des collégiens

OCRJG : Observer, Comprendre, Réfléchir, Jouer, Gagner [1]
(On Conçoit Rarement ce Juste Gain)

Aujourd’hui, nous allons réfléchir sur le jeu d’échecs, et plus spécialement sur sa pratique. En effet, vous jouez déjà et vous aimez cela. Mais pourquoi ? Est-ce simplement parce que c’est un jeu agréable, qui vous convient ? Est-ce parce que cela vous apporte, plus ou moins consciemment, un petit « quelque chose » bien utile, voire indispensable ; auquel cas dans quels domaines ?

Nous allons aborder un petit peu tout cela. Par le jeu d’une communauté de recherches, comme en philosophie, mais où chacun va réfléchir pour soi au sein de cette petite communauté.

Suit alors un dialogue où le formateur en échecs a un rôle de modérateur et de distributeur de parole.
L’axe conducteur de la discussion tient en les termes de la formule OCRJG.

Observer :
Que ce soit dans le domaine des Sciences de la Vie et de la Terre, des mathématiques, du français, etc., on commence toujours par OBSERVER. On observe, … ce que l’on voit ! Mais observer signifie plus que regarder ; on scrute. On détaille et on regarde l’ensemble, simultanément. Soit le micro et le macro.
Finalement, n’est-ce pas également ce que l’on fait lorsqu’arrive son tour de jouer aux échecs ? Et l’on sait bien le prix à payer lorsque l’on a mal observé.
Soyez persuadé que l’apport d’une pratique échiquéenne est grand dans les domaines actuellement vôtres, c’est-à-dire scolaires.

Comprendre :
Après avoir observé, il s’agit de COMPRENDRE. Comprendre comment et pourquoi on observe ceci ou cela. En effet, rien n’arrive pas hasard, ou si peu.
Toujours dans les domaines scolaires, il importe de comprendre une observation. Citons l’exemple en SET/SVT de la matérialité de l’air. Je comprends réellement lorsque j’ai suffisamment réfléchi pour appréhender comment cette matérialité existe ou en quoi elle se traduit et se manifeste ; soit les tenants et aboutissants de ce que j’observe. Il y a une part d’analyse, d’anticipation et de raisonnement.
La pratique échiquéenne affine cela. En effet, lorsque mon adversaire a bougé une pièce, je dois en comprendre la raison (esquisse d’une fourchette par exemple) mais je dois également comprendre ce que ce mouvement entraîne comme réaction possible de ma part.

Réfléchir :
Tel un excellent élève, je possède alors tous les atouts pour décider de mon action dans la résolution d’une donnée, scolaire ou autre. Observons un énoncé de mathématiques où je dois calculer une consommation de carburant d’un car de ramassage scolaire. J’ai observé les données explicites, implicites et manquantes de mon énoncé. J’ai ainsi pu comprendre ce qui m’était exposé, donc l’intention du professeur, donc sa stratégie et donc la mienne quant à la résolution. De ce fait, je vais REFLECHIR avec toutes les données utiles.
La pratique échiquéenne s’apparente exactement à cette démarche. Il suffit juste de réfléchir de façon rationnelle et relativement structurée au début.

Jouer  :
Décider, que ce soit à l’école ou ailleurs, suppose que l’on se lance, que l’on ose, que l’on essaye ; mais avec un maximum de précaution, et un maximum de certitude quant au résultat escompté.
Il reste cependant une part d’incertitude ; c’est en cela que l’on joue. On joue avec ses capacités, avec ce que l’on nomme parfois le hasard, ou la chance, etc. Il n’en reste pas moins qu’il faut bien agir. Alors « on y va » en espérant avoir suffisamment observé, compris et réfléchis.
L’acte de JOUER – et vous remplacerez ce terme selon votre activité par « calculer », « raisonner », « traduire », etc. – est grandement facilité par la pratique du jeu d’échecs. En effet, ce jeu vous apprend rapidement à ne pas être un simple « pousseur de bois » mais à agir en pleine connaissance. Jouer est donc l’acte majeur en ce sens qu’il est une conclusion de votre tour à jouer ; mais il prépare l’étape suivante qui reflète le but ultime.

Gagner :
Lorsque vous constatez avoir trouvé la solution de votre problème de SVT ou de consommation de carburant, vous en être ravis, n’est-ce pas ? Mais vous savez que ce succès ne doit rien au hasard. Il est le fruit de votre observation, compréhension, réflexion, décision (votre jeu).
Encore une fois, le jeu d’échecs, par son côté manichéen (je perds ou je gagne) souligne clairement et nettement l’importance de GAGNER [2] . Sportivement, soit en respectant l’adversaire … et vous-même : ce n’est pas la fin du monde si votre Roi a la malencontreuse idée de se faire coincer. En ce cas, retracez les étapes précédentes et trouvez à quel stade vous avez été trop rapide.

Conclusion
Cette formule OCRJG est non seulement applicable dans vos travaux scolaires – que ce soit en mathématiques pour la résolution de problème de vivre ensemble, etc. – mais également dans votre vie tant personnelle que plus tard professionnelle. [3]
Ce en quoi le jeu d’échecs participe bel et bien à l’école de la vie. Vie que vous mènerez pour gagner, tout en respectant constamment vos partenaires (l’équipe) comme vos adversaires, lesquels ne sont pas des ennemis.

Notes

[1Il s’agit là de cinq grandes compétences transversales. Cette leçon vise à souligner leur développement et/ou leur renforcement grâce à la pratique du jeu d’échecs. Le développement de compétences – axe porteur dans le domaine de l’enseignement – est l’un des points forts d’une pratique échiquéenne ; indépendamment du simple plaisir de jouer. Selon l’âge et le niveau, un élève est plus ou moins apte à le comprendre, à l’intégrer, voire à faire sienne cette dimension du jeu d’échecs.

[2J’avoue cependant préférer perdre une splendide partie que gagner trop facilement, c’est infiniment plus formateur et, tout simplement, plus beau.

[3En ce cas, Jouer a valeur de Calculer ou Raisonner, Gagner a valeur de Résoudre ; etc. Le cheminement logique, cognitif et métacognitif (réflexion sur la façon dont on réfléchit) reste le même.

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